Welcome to/Bienvenu à Marc Sangnier

JOSEPH CARDIJN 


DISCOURS DE BIENVENU A MARC SANGNIER 

A LA CENTRALE CHRÉTIENNE DU TRAVAIL 

SAMEDI 5 FÉVRIER 1921 

English Translation available here.

RÉFÉRENCE : ARCHIVES CARDIJN No. 130, 

ARCHIVES GÉNÉRALES DU ROYAUME, 

RUE DE RUYSBROECK 2-6, 1000 BRUXELLES, BELGIQUE 


J'ai l'honneur d'être chargé par le Bureau de la FSBC (Fédération Bruxelloise des Syndicats Chrétiens) de souhaiter le bienvenu dans notre Centrale Chrétienne de Travail à M. Marc Sangnier, député de Paris. M. le député, cet honneur - c'est presqu'une gageure - c'est, je crois, une punition, oh bien douce, que les dirigeants de nos organisations ouvrières ont voulu m'infliger, parce que depuis des années je ne cesse dans des cercles d'études, dans des conférences, dans des conversations intimes de citer en exemple la vie, l'ardeur, l'apostolat, l'idéal démocratique du Sillon et de son fondateur. Ils auront voulu m'imposer cet aveu public de notre admiration enthousiaste pour l'éloquent promoteur du plus bel élan de foi et d'apostolat que la France ait connu depuis la révolution. 

Cet éloge magnifique de Mgr l'évêque de Nice nous met à l'aise pour justifier l'ascendant prodigieux que vous avez exercé sur nos âmes de jeunes. Et s'il est un mot que nous osons faire nôtre, c'est celui que prononça en une occasion mémorable votre admirable et saint compagnon d'armes, Henry du Roure, qu'en un ami sûr, nous chérissons et nous pleurons : Il faudrait, avait-il dit un jour, nous mettre à genoux pour dire les choses que nous avons aimées . 

C'était il y a 18 ans que je lis la vie, les discours, les écrits de Marc Sangnier et l'histoire du Sillon qu'il avait fondé. Oh! Il faudrait avoir sondé la capacité d'amour d'un coeur virginal de 20 ans pour comprendre l'explosion d'enthousiasme que de telles lectures peuvent provoquer dans l'âme d'un jeune séminariste! Quand plus tard, à Lille et à Roubaix, nous eûmes la joie d'assister à des réunions de cercles d'études du Sillon, quand nous vîmes ces jeunes gens, ces étudiants, ouvriers et employés, s'aimant plus que des frères, s'entraidant à affiner leur conscience et à exercer leurs responsabilités, quand à la Semaine sociale d'Amiens, au banquet du Sillon, il me fut donné de lire sur le visage de centaines de Sillonnistes le reflet de chacune de vos pensées, l'écho de chacun de vos sentiments, la réponse à chacun de vos appels nous avons compris qu'on pourrait vous combattre, et à l'occasion vous frapper, mais que toute épreuve quelque pénible qu'elle fût, ne serait jamais pour vous l'occasion d'une mort, mais source d'une inspiration . 

Si j'ai rappelé ces détails, c'est qu'elles sont l'histoire de tant d'amis inconnus et obscurs que vous comptez dans tous les pays du monde, car c'est le privilège et la récompense du semeur d'idéal de vie de ne pas pouvoir limiter le champ qu'il ensemence, ni contraindre la portée de son geste de fécondité. Le vent du large et les oiseaux du ciel emportent la semence et la déposent parfois bien loin, dans un champ où la rosée de Dieu la féconde et la multiplie. Et voilà, comment il se fait, Monsieur, que dans cette Centrale Chrétienne de Travail, vous ne comptez que des amis, et comment sous une autre forme, peut-être, mais avec le même esprit s'élabore et grandit cet effort collectif pour porter aux maximum la conscience et la responsabilité morale , comme politique de la classe ouvrière, et pour enlever dans notre société les obstacles, d'ordre économique, d'ordre politique, moral, intellectuel et religieux qui empêchent l'éclosion et le parachèvement de cette conscience et de la responsabilité du plus humble des citoyens populaires. La Centrale Chrétienne du Travail est la confédération de toutes les organisations ouvrières chrétiennes de notre arrondissement. Les organisations syndicales, co-operatives, d'éducation, sociales et politiques, sont jalousement autonomes et franchement chrétiennes. Les dirigeants me chargent de vous remercier de plus profond du coeur de l'honneur que vous leur faites en acceptant leur invitation, malgré le deuil qui vous a frappé, que malgré la charge des horaires qui vous écrasent, de parler ici ce soir. Après ces 4 années de guerre fratricide, après ces 2 années de marchandages diplomatiques, il est toujours important d'entendre la jugement d'un ami fidèle de la Démocratie sur l'avenir de celle-ci. 

Monsieur, si je puis vous adresser une prière, c'est que vous nous parliez comme un Grand Ami peut parler à ses amis. 

c'est que vous nous parliez de Notre Dame de la Démocratie, comme le Poverello d'Assise parlait de Notre Dame de la Pauvreté. 

Eh oui, parlez nous sans peur et sans reproche! Nous n'avons pas l'habitude de prononcer notre Démocratie par les mots, nous la prononçons par des actes! 

Monsieur, nous croyons en vous, parce que nous avons vu les actes que vous avez pris! 

Parlez, Monsieur, vos amis écoutent. 

Joseph Cardijn 



Bibliographical Notes 


For a biography of Marc Sangnier cf. Madeleine Barthélemy-Madaule, Marc Sangnier, 1873-1950, Seuil, Paris, 1973, 301p. Concerning the Sillon generally cf. Jeanne Caron, Le Sillon et la Démocratie Chrétienne, Plon, Paris, 1966, 799p. 

Concerning the influence of Marc Sangnier and the Sillon on Cardijn and the YCW and for more information concerning this text, cf. Stefan Gigacz, The Sillon and the YCW, Mini-Colloquy on YCW History, Brussels, 1997. 


Notes from the Text 

(1) The fact that Cardijn and the Christian Central for Work invite Marc Sangnier, founder of the Sillon 'condemned' on 25 August 1910 by Pope Pius X' encyclical, Notre Charge Apostolique, is of the greatest significance. As the text shows, Cardijn claims a direct inspiration from Sangnier and the Sillon. Moreover, at that time, Sangnier was completely isolated in France by his position in support of reconciliation with Germany. To invite Marc Sangnier to Belgium in 1921 was therefore not a decision taken lightly. Sangnier's conference with Cardijn's introduction was reported in certain newspapers of the period and it is clear that Cardijn was thereby publicly associated with the line of the Sillon and Marc Sangnier. 

Secondly, the following year in 1922, Cardijn invited another sillonnist, Edward Montier, as a speaker, followed in 1923 by another Frenchman Robert Garric, more conservative but still on the progressive side of the Catholic social action of that period. I believe that Cardijn and his supporters were attempting to combat the series of public conferences began in the 1920s by Fr Van Hout, a supporter of the right-wing Action Française, which had fought the Sillon and which was itself condemned in 1927. (Van Hout's conferences evolved into the Grandes Conférences Catholiques which continue to this day and Cardijn himself eventually became a speaker at one of these conferences.) 

Thirdly, Cardijn's text of welcome which exists only in handwritten form in the Cardijn archives in Brussels is one of the few Cardijn documents which remain from this period. It therefore seems likely that Cardijn deliberately saved this document which is the main written expression of the influence and impact of the Sillon on himself. 

(2) The bishop of Nice to whom Cardijn refers was Mgr Henri Chapon, a progressive bishop, friend and supporter of the Sillon. Here, Cardijn credits him as the author of the often cited phrase to the effect that the Sillon represented the greatest surge of faith and apostolate since the Revolution. 

(3) The memorable occasion to which Cardijn refers was the 'condemnation' of the Sillon by Pope Pius X in 1910. 

(4) Henry du Roure (1883-1914) was the secretary-general of the Sillon right up to the time of the 'condemnation' in 1910. He was killed in action with the French army defending against the German invasion in September 1914. 

(5) Here Cardijn refers to his visit to France in the summer of 1907 where he began in Lille and Roubaix and continued on to Amiens for the Social Week before visiting Leon Harmel. He had planned to go on to Switzerland where he had planned to make contact with others close to the Sillon. However, he was recalled and transferred as a Latin teacher to the Minor Seminary of Basse-Wavre immediately following this trip. 

At this time in 1907, the Sillon was in public conflict with the bishop of Cambrai, which then included the Lille-Roubaix region. Indeed, Marc Sangnier came to Amiens specifically to defend the local Sillon against the attacks of the bishop. 

So I think it is probable that Cardijn's visit to the Sillon during this week was an important factor in the decision of Cardinal Mercier (Note that although Marc Walckiers offers another explanation for this transfer in his doctoral thesis on Cardijn, it does not exclude that Cardijn's contact with the Sillon may also have been a factor in Mercier's decision.) 

(6) It is noteworthy here that Cardijn publicly states his support for the Sillon and impliedly criticises the decision of Pius X. 

(7) Here, Cardijn openly claims inspiration from the Sillon 'in another form perhaps but with the same spirit'. 

(8) Cardijn is referring the classical sillonnist definition of democracy as 'the social organisation which tends to raise to the maximum the civic consciousness and responsibility of each person'. Note also how Cardijn insists on 'moral' as well as 'political' or 'civic' responsibility. 

(9) The sillonnist insistence on the orgnaisational autonomy of their movement was a major reason for their 'condemnation' by Pius X whose main objective in fact was not to eliminate the Sillon but to place it under clerical control, something which the sillonnists refused, preferring a partnership model of collaboration with the hierarchy. 

(10) Marc Sangnier's mother-in-law had died few weeks earlier, an event which had also caused the postponement of his trip to Belgium. 

(11) Cardijn's prudence got the better of him here. He crossed out the reference to Our Lady Democracy (or Our Lady of Democracy). 

(12) Marc Sangnier himself was clearly impressed and moved by the confidence shown to him by Cardijn and his supporters. He mentions his talks with Cardijn in his bulletin, L'Ame Commune, published on his return to Paris (16 February 1921): 

'Les paroles que prononça pour me saluer M. l'abbé Cardyn étaient tout animées du plus pur esprit des "beaux temps du Sillon". Il célébra l'oeuvre accomplie par nos amis et rattacha sans hésitation et avec reconnaissance son mouvement à nôtre... Avant ma conférence, j'ai diné dans l'intimité avec M. l'abbé Cardyn et M. Herman Vergels, député démocrate chrétien [un collaborateur proche de Cardijn]. Vraiment, je me serais cru dans la plus intime réunion de camarades. 

And the following year, Cardijn enrolled for the International Democratic Congress for Peace organised by Marc Sangnier, although it is not clear if he eventually participated (Cardijn's enrolment form for this congress is available in the Institute Marc Sangnier, Paris). 

[Notes par Stefan Gigacz, Version 1.1, août 1999]

SOURCE

Joseph Cardijn, Discours de bienvenu à Marc Sangnier, JosephCardijn.fr

English Translation available here.
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