Conclusion - Pour juger son action




CONCLUSION


POUR JUGER SON ACTION



En terminant les observations que nous avons consacrées à l'effort personnel que doit accomplir tout membre d'un Cercle d'études qui veut vraiment acquérir une valeur sociale, nous avons esquissé le plan d'un examen de conscience individuel destiné à orienter la conduite de chacun. En manière de conclusion, nous proposerons à nos jeunes amis de se livrer, de temps en temps, ne fût-ce qu'une fois chaque année, à un travail collectif qui sera le complément de leur labeur individuel, en faisant la revue méthodique et détaillée de leur action collective, pour la critiquer et la réformer.

Quelques réflexions sur la façon dont cet examen devra se poursuivre. Ce doit être, avant tout, entre camarades du même cercle, un loyal échange d'observations. Chacun doit présenter les siennes, avec sincérité et simplicité, non pour se faire valoir, encore moins dans un vain but de critique blessante, mais pour faire connaître sa pensée.

Ce travail en commun ne peut donc être une œuvre de dénigrement, une occasion de faire de la peine aux autres membres du groupe ; ce doit être un exercice de charité fraternelle, au cours duquel on ne cherchera jamais à soulever des questions de personne, mais à discuter des méthodes, des tactiques, des points de vue.

Nous nous associons pour donner plus d'efficacité à notre action individuelle, pour mettre en commun nos forces, pour augmenter la puissance de notre influence, pour nous édifier les uns les autres, par nos exemples. Ce but est-il atteint? voilà toute la question ; et, s'il ne l'est que partiellement, que devons- nous faire pour nous réformer et parvenir à l'atteindre plus complètement ?

Si, de prime abord, les esprits et les cœurs ne se placent pas sur ces sommets du désintéressement et du zèle, l'examen de conscience collectif sera plus nuisible qu'utile. Voilà pourquoi il faut le commencer par la prière, invoquer l'Esprit-Saint et demander à Dieu de garder les âmes dans la sérénité, l'humilité, la patience, tout le temps qu'il durera.

Telles sont les principales dispositions religieuses et morales nécessaires au succès de l'initiative que nous étudions.

Nous réduirons à trois, les questions à poser, afin de restreindre et de préciser les points à examiner.

On cherchera à savoir quelle a été la valeur du travail intellectuel accompli dans l'année.

Ici encore, il ne faudra pas dévier. Cette question en comprend plusieurs autres, d'inégale importance. On sait qu'un Cercle d'études n'est pas une académie, ou une école où l'on se prépare à obtenir un diplôme, après examen satisfaisant. La science qu'on y acquiert vaut surtout comme discipline d'esprit. On ne doit pas viser, au Cercle d'études, à créer des compétences, mais à augmenter le nombre des gens renseignés, des intelligences ouvertes, réfléchies. Si nous osions risquer une formule, nous (lirions volontiers que l'on acquiert, par le travail commun fait au Cercle, plutôt des « qualités intellectuelles » que des « connaissances scientifiques ».

D'où la nécessité, dans l'examen que nous recommandons, de s'enquérir moins peut-être de ce que l'on a appris, c'est-à-dire retenu, par l'effort de la mémoire, que de ce que l'on a acquis en jugement, en maturité d'esprit, en prudence intellectuelle.

Cette remarque en appelle une autre : ce n'est pas le catalogue des questions étudiées au Cercle qu'il faut dresser, on se donnerait ainsi des illusions factices de travail abondant, c'est la méthode suivie qu'il faut critiquer, pour voir si elle a été bonne.

Entrons nous-même dans quelques détails. Ce qui manque, la plupart du temps, aux membres des Cercles d'études, c'est la discipline nécessaire pour préparer leurs causeries, être assidu aux séances, réfléchir aux problèmes soulevés. Ne dites pas : « Nous avons eu dans l'année quarante réunions, nous avons traité quarante sujets, tout est parfait », Dites :


« Quelle a été la somme de travail sérieux et pratique que nous avons vraiment fournie ? »

Il sera bon de rechercher aussi les lacunes de votre bagage de connaissances, en tenant compte de vos besoins intellectuels, qui dépendent parfois du milieu dans lequel on vit ou de la profession que l'on exerce ou de l'influence que le groupe veut avoir.

On voit la marche que nous suivons : après s'être demandé : « quel profit avons-nous tiré des études que nous avons faites ? » et avoir pris, pour réformer sa méthode, les résolutions qui s'imposent, le Cercle en arrive à rechercher quelles études seront, dans l'avenir, le mieux appropriées à ses besoins. Il s'agit moins, on le comprend, de tracer un programme rigoureux que de préciser une orientation, en s'inspirant des circonstances.

Mais un véritable Cercle d'études ne doit pas être un rendez-vous de conférenciers, c'est une école de formation morale, c'est-à-dire, qu'on y devient meilleur par le frottement des caractères, l'entraînement des exemples, l'addition des enthousiasmes, la guerre au respect humain.

Le Cercle d'études est une amitié ; or, l'amitié est faite d'abord de confiance. Question délicate, mais nécessaire, que les membres d'un groupe ne doivent pas écarter, car sans confiance, il n'y a pas de lien possible entre les âmes.

Cette confiance, c'est surtout la mise en commun de tout ce que nous avons de plus généreux dans le cœur. Nous cachons nos trésors intimes, par peur d'un sourire désapprobateur. Nous nous appauvrissons, sans enrichir les autres. Une parole ardente, jetée à des camarades, une remarque sincère font, naturellement, la boule de neige, elles grossissent en traversant les cœurs et deviennent, chez tous, des sentiments énergiques et forts.

C'est la franchise dans les relations mutuelles qui donne aux membres d'un Cercle cette confiance les uns dans les autres, nécessaire au succès. Ne soyons donc pas de ceux qui blâment sans cesse les absents et n'ont jamais le courage de dire ce qu'ils pensent à ceux qui les entourent, quand il s'agit du bien général.


On sait aussi quelle importance revêtent, pour la formation morale, les prières faites en commun, les lectures sérieuses, empruntées aux bons auteurs ; il ne faut pas négliger de se demander si l'on s'est servi de ces moyens si indispensables pour accroître les énergies et relever les courages. Il faut savoir consacrer quelques soirées à ce bon labeur, moins aride, plus reposant, essentiellement éducateur.

Mais nous avons hâte d'arriver à la question qui, le plus longuement peut-être, retiendra l'attention des membres du Cercle. Nous la formulerons ainsi : Quelle a été l'influence exercée par le groupe, dans le milieu extérieur où la Providence l'a placé.

Et d'abord, qu'a-t-on fait pour le recrutement ? Chaque année, le service militaire enlève aux groupes quelques militants ; d'autres, lassés d'un trop long effort, ne persévèrent pas. Enfin, sans recrutement, sans augmentation de nombre, sans travail de conquête accompli sur de plus jeunes, on ne peut rien tenter de durable. Il faut donc examiner ce point très sérieusement.

A-t-on songé à créer un groupe nouveau pour former des adolescents ? Chacun a-t-il usé de son influence individuelle, dans la famille, au patronage, parmi ses camarades d'atelier ou de bureau, pour amener au Cercle dès adhérents.

Ensuite, il faut se demander de quelle manière on a collaboré au mouvement d'ensemble auquel on appartient ? Un groupe isolé, sans attaches avec l'une on l'autre de nos grandes associations de jeunes gens, est une force perdue ou tout au moins impuissante. A-t-on pris part à des Congrès, à des manifestations, a-t-on apporté sa contribution à cet effet collectif auquel on doit participer.

Enfin, il importe de passer en revue les différents milieux sur lesquels peut agir un groupe de militants : le patronage, la famille, le milieu professionnel, le milieu non catholique.

Nous ne faisons qu'une énumération et noue ne proposons qu'une esquisse. C'est à chaque groupement de voir de quelle manière il doit distribuer les questions sur lesquelles portera l'examen collectif de l'action extérieure. Nous insistons seulement fur quelques points, qui nous ont semblé particulièrement intéressants.

Signalons quelques initiatives que le Cercle aurait pu ou dû prendre : organisation de réunions de famille, au cours desquelles on s'efforce d'atteindre le public des parents et des amis, pour leur faire accepter et partager l'idéal que l'on aime soi-même et les délivrer de leurs préjugés contre l'éducation populaire ; participation aux campagnes contre la pornographie, l'alcoolisme ; contribution à l'effort des ligues sociales d'acheteurs ; pénétration dans les syndicats, les mutualités, création d'œuvres économiques, propagande par la presse, le tract, les conférences, etc.

Voilà pour le passé. Ce n'est pas tout ; il faut faire un plan de campagne pour l'avenir et déterminer les points sur lesquels portera l'effort collectif.

Notons qu'il y a un lien très étroit entre les études théoriques et l'action pratique. Celles-ci ne sont intéressantes que dans la mesure où on les utilise pour celle-là. Les deux questions ne doivent donc pas être séparées.

Quant à savoir quelle action convient le mieux à un milieu donné, c'est l'enquête sur les besoins de ce milieu qui nous l'apprendra. A chacun de mettre en valeur ses qualités d'observateur et de dire quels moyens lui semblent les meilleurs pour atteindre l'opinion publique. Pour que ce travail soit vraiment fécond, il faudra enfin tenir compte de l'orientation générale du mouvement auquel on appartient.

Bref, beaucoup de cercles végètent et ne progressent pas, parce qu'ils vont à l'aventure, sans direction ferme. L'examen collectif dont nous avons tracé le cadre à larges traits peut remédier à ces inconvénients, en donnant à chacun la pleine conscience de sa tâche ; savoir où l'on va et ce que l'on veut, s'entendre sur un programme d'études et d'action, c'est l'unique moyen de marcher vers l'avenir avec méthode et persévérance.

Ce n'est que le jour où tous se sentiront capables d'un tel effort judicieusement ordonné que l'on pourra dire, avec quelque semblant de raison, que leur éducation sociale est faite et qu'ils sont aptes à leur besogne de militants.









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